
Carnets d'hôtels
Vingt-six chambres dissimulées dans une forêt oubliée, au pied du mont Hidari Daimonji. Une retraite plus qu'un hôtel.
Quand partir
Mars-avril ou octobre-novembre
Durée idéale
3 à 4 nuits
Budget conseillé
À partir de 2 800 € / nuit
Pour qui ?
Les voyageurs qui n'ont plus besoin qu'on les divertisse
L'Aman Kyoto occupe le quartier de Takagamine, à une trentaine de minutes de la gare de Kyoto. C'est un vieux territoire de l'histoire japonaise : il y a environ quatre siècles, l'artiste Honami Koetsu y a fait naître une communauté qui donnera plus tard l'école de peinture Rinpa. Le jardin lui-même a une histoire à part : il avait été conçu pour un musée du textile, avant d'être laissé à lui-même pendant des années, jusqu'à ce que la mousse en recouvre chaque pierre.
Quand les équipes sont venues construire l'hôtel, sous la direction de l'architecte Kerry Hill, elles ont posé des passerelles métalliques provisoires au-dessus des sentiers, le temps des travaux, pour ne pas écraser cette mousse qui avait mis si longtemps à s'installer. Le résultat : six pavillons dispersés parmi les érables et les cèdres, comme s'ils avaient toujours été là.
Les chambres, minimalistes, tatami et bois clair, s'ouvrent par de grandes baies sur la forêt. Chacune possède son propre onsen, alimenté par une source naturelle chaude.
« On ne visite pas un jardin japonais soigné pour l'occasion, on habite dans une forêt qui a simplement accepté qu'on s'y installe. »


Ce qui distingue vraiment l'Aman Kyoto, c'est ce rapport inversé entre le bâti et le vivant. La plupart des hôtels de ce standing commandent un jardin à la mesure de leur architecture. Ici, c'est l'architecture qui s'est pliée à un jardin déjà là, plus ancien que le projet lui-même, et qu'on a choisi de protéger plutôt que de redessiner. Le résultat ne ressemble à aucune autre adresse de la ville : on ne visite pas un jardin japonais soigné pour l'occasion, on habite dans une forêt qui a simplement accepté qu'on s'y installe.
Vingt-six chambres seulement, dans une ville où la plupart des grandes maisons en comptent plusieurs centaines : c'est ce qui permet à l'endroit de rester silencieux même en haute saison. C'est aussi ce qui explique sa reconnaissance récente par le Guide Michelin, qui lui attribue Deux Clés, la distinction la plus élevée pour un hôtel, malgré une localisation à trente minutes du centre historique que beaucoup jugeraient, ailleurs, comme un handicap.



Le restaurant Taka-An rend hommage à Honami Koetsu à sa manière : une cuisine kaiseki construite autour des saisons, avec du riz de la région du Tango, des légumes de Kamigamo et des œufs d'une petite exploitation d'Ohara. La Living Pavilion, plus informelle, propose une cuisine occidentale et locale autour d'une cheminée centrale.

L'été, les lucioles s'allument au crépuscule dans le jardin, une tradition que les Japonais appellent hotaru-gari, la chasse aux lucioles. L'hôtel propose aussi des visites du jardin avec ses Cultural Ambassadors, des séances de bain de forêt, et des vélos électriques pour rejoindre à son rythme le temple d'or de Kinkaku-ji, à deux pas.
Il faut le dire aussi franchement que possible : ce n'est pas un hôtel pour tout le monde. On y vient sans piscine, sans salle de sport, sans accès direct aux transports en commun, et les avis les plus réservés le reprochent régulièrement à ce niveau de prix. C'est aussi loin de la plupart des sites touristiques du centre, hormis le temple d'or, à deux pas. Ceux qui viennent à Kyoto pour cocher les grands sites en quelques jours risquent de trouver l'endroit peu pratique. Ceux qui viennent pour s'arrêter, en revanche, en repartent rarement déçus : c'est un hôtel pensé pour ralentir, pas pour organiser.
Et c'est précisément pour ça qu'on le recommande. Un hôtel qui accepte de se passer d'une piscine, d'un centre-ville à proximité et de toute forme de facilité, pour ne garder qu'une forêt et un silence, ne cherche pas à plaire à tout le monde. Il vise seulement ceux qui viennent chercher exactement ça, et c'est cette exigence, plus que le luxe lui-même, qui en fait une adresse exceptionnelle plutôt qu'une simple très bonne adresse. Nous l'associons volontiers à un passage par Tokyo et une étape à Naoshima ou dans les rizières du Tohoku, pour que cette lenteur serve de contrepoint à l'énergie de la capitale plutôt que d'être le seul rythme du voyage. Mais l'essentiel se comprend avant même de partir : on ne va pas à l'Aman Kyoto pour visiter Kyoto. On y va pour s'en absenter.

« On ne va pas à l'Aman Kyoto pour visiter Kyoto. On y va pour s'en absenter. »
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